Le 18 Septembre 2012 à 08h

Présidence de l'UMP : le choc Copé-Fillon

Les candidats ont, les uns après les autres, jeté l'éponge. Il n'en reste que deux. Comme prévu, l'élection du futur président de l'UMP se résume à un duel entre Jean-François Copé et François Fillon. L'actuel secrétaire général de l'UMP et l'ancien Premier ministre de Sarkozy vont s'affronter pendant deux mois, jusqu'au premier tour de l'élection le 18 novembre. Portraits croisés.

Les deux principaux rivaux pour la présidence de l'UMP : François Fillon et Jean-François Copé © Maxppp

Le choc aura bien lieu. Un choc entre deux hommes, deux styles, deuxparcours, deux visions de la politique. Ils avaient jusqu'à aujourd'hui pour réunir les 7.924 parrainages demilitants nécessaires pour se présenter au poste de dirigeant du principalparti d'opposition.

Toute la journée, les deux camps se sont livrés à une démonstration de force en dévoilant leurs parrainages. Contre toute attente, François Fillon a l'avantage. Il annonce en avoir recueilli 45.000 (et le soutien de 75 députés et de 65 sénateurs) alors que le député-maire de Meaux fait état de "plus de 30.000 signatures".

Xavier Bertrand a jeté l'éponge, suivi ce mardi matin par Nathalie Kosciusko-Morizet, faute d'un nombre suffisant de parrainages. L'ancienne ministre de l'Écologie a recueilli un peu mois de 7.000 signatures. Bruno Le Maire déclare forfait lui aussi avec pas plus de 7.200 parainnages dans sa besace. L'ex-plume de Nicolas Sarkozy,Henri Guaino, qui dénonce un système "quelque part entre la Corée du Nord et Cuba", aprécisé ce matin ne pas disposer des signatures nécessaires.

Le boulevard est donc ouvert. Sur la ligne de départ, Jean-François Copé et François Fillon sejaugent, comptant sur leurs forces, leurs soutiens et les faiblesses du camp d'enface.

Deux parcours très différents

Jean-François Copé, né le 5 mai 1964 à Boulogne-Billancourt(Hauts-de-Seine), est pétri d'ambitions. Au lycée, il explique déjà qu'il veutdevenir "président". Énarque, il est élu maire (RPR) de Meaux(Seine-et-Marne), puis député en 1995, à seulement 31 ans. En 2002, il entre augouvernement comme porte-parole, et secrétaire d'Etat aux Relations avec leParlement (2002-2004), puis ministre délégué à l'Intérieur (2004-2005), etministre délégué au Budget(2005-2007). C'est un des grands perdants de l'électionde Nicolas Sarkozy car il reste à la porte du gouvernement en 2007. Il prend laprésidence du groupe UMP à l'Assemblée nationale, puis devient secrétairegénéral du parti fin 2010. Il met très souvent en avant son mandat de maire deMeaux, pour montrer qu'il est proche de la population et de ses administrés.

Une tactique qui lui permet de marquer sa différence avec FrançoisFillon, 62 ans, plus habitué des bureaux ministériels. François Fillon commencesa carrière politique à l'Assemblée Nationale. Il devient député en 1981. En1993, il est ministre de l'Enseignement supérieur d'Edouard Balladur. En2005, il n'est pas repris au gouvernement par Dominique de Villepin. Furieux,il se rallie au candidat Nicolas Sarkozy, qui lui promet Matignon en cas devictoire. Il sera effectivement Premier ministre de 2007 à 2012. En juindernier, il est élu député de Paris.

Leurs points forts : Copé le chef de parti, Fillon le futurprésident

Jean-François Copé s'est préparé. Depuis son arrivée à la tête del'UMP fin 2010, il a sillonné les fédérations et placé ses hommes aux postesclés. Il se sait moins populaire que François Fillon dans l'opinion et décidedonc de jouer à fond la carte des militants. Il assume une ligne de "droitedécomplexée" qui a tant fait le succès de l'ancien président de laRépublique. Il lui laisse d'ailleurs la porte ouverte pour un éventuel retouren 2017, se présentant avant tout comme un chef de parti et pas comme uncandidat à la présidentielle de 2017. Il revendique "plus de 10.000parrainages", comme un signe qu'il tient bien le parti.

François Fillon est lui "l'homme de Matignon", quiconnaît bien les affaires. Premier ministre de Nicolas Sarkozy de 2007 à 2012, iljouit d'une image d'homme d'État. Une image que son rival ne possède pas, cequi lui permet de jouer sans ambages la carte présidentielle, la carte de celuiqui sera le mieux placé pour battre François Hollande en 2017. Tenant de larigueur économique, il mène une campagne de rassembleur et tient des discoursde présidentiable plus que de candidat à une élection interne.

Leurs points faibles : où se placer à droite ?

Si Jean-François Copé tire profit de sa stratégie de "droitedécomplexée", il y a aussi le revers de la médaille. Il est souvent jugé tropclivant, trop agressif et trop froid. En fin stratège, il tente d'adoucir sonimage : "Je vous embrasse!", lance-t-il ainsi désormaissystématiquement lors de ses meetings, où il apparaît fréquemment en compagniede son épouse Nadia.

François Fillon a lui aussi les défauts de ses qualités : lessympathisants UMP le plébiscitent (59% d'avis favorables, selon un récentsondage Ifop pour le site internet Atlantico, contre 20% pour son principalrival) mais qu'en est-il des adhérents, seuls appelés à voter en novembre? Face au discours clairement positionné à droite de sonadversaire, François Fillon a durci le ton sur les questions régaliennes("assimilation" des immigrés, sécurité...).

Les deux équipes

Jean-François Copé

  • Son "ticket": Luc Chatel, ancien ministre del'Education, et Michèle Tabarot, députée des Alpes-Maritimes.
  • Sa garde rapprochée: Jérôme Lavrilleux, son directeur de cabinet,et Christian Jacob, patron des députés UMP.
  • Ses principaux soutiens: Jean-Pierre Raffarin, ancien Premierministre, Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille, Thierry Mariani, cofondateurdu courant Droite populaire, Rachida Dati, maire du VIIe arrondissement deParis, et l'ex-députée Valérie Rosso-Debord. Dernier soutien hier : NadineMorano qui rend public son ralliement dans un entretien publié sur le siteinternet du Figaro.

François Fillon


  • Son "ticket": Valérie Pécresse, ex-ministre del'Enseignement supérieur, et Laurent Wauquiez, député de la Haute-Loire.
  • Sa garde rapprochée: Eric Ciotti, député des Alpes-Maritimes,l'ex-ministre de la Santé Roselyne Bachelot et le député UMP du Val d'OiseJérôme Chartier.
  • Ses principaux soutiens: Christian Estrosi, député-maire de Niceet secrétaire général de l'Association des amis de Nicolas Sarkozy, ChantalJouanno, sénatrice de Paris, Hubert Falco, sénateur-maire de Toulon et PhilippeGoujon, patron de la fédération UMP de Paris. Deux soutiens sont venus serajouter hier : celui de l'ex-ministre Dominique Bussereau et du présidentdes jeunes UMP Benjamin Lancar qui a fait connaître son choix dans un entretienà 20 minutes.

La présidentielle de 2017 en ligne de mire ?

Si Jean-François Copé ne ferme pas la porte à un retour éventuelde Nicolas Sarkozy, François Fillon l'avoue : il faudra compter sur lui en2017. L'un de ses soutiens les plus fidèles, Valérie Pécresse, le dit : "Levainqueur dans la course à la présidence de l'UMP prendra aussi naturellementune bonne position pour se présenter à la présidentielle de 2017",a-t-elle déclaré hier dans une interview à la matinale de Canal Plus.

Mais pour la course à l'Elysée, les deux hommes ne seront passeuls. Un autre poids lourd de la droite, l'ancien ministre Xavier Bertrand acertes annoncé qu'il renonçait à la présidence du parti mais qu'il comptait bienêtre candidat pour la primaire en vue de la candidature en 2017. Et il s'estbien gardé de dire qui il soutenait pour cette bataille de l'UMP. Cettebataille de 2012 à droite ne semble donc être qu'un avant goût de la batailleannoncée pour 2017.

par
Rémi Ink
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